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Soeur Cécile Dilé

Sœur de Notre Dame d’Afrique, originaire de Chaudron en Mauges

Je vous souhaite un Joyeux Noël et beaucoup d’étoiles à contempler pour 2016 !Des étoiles, dans notre ciel, il y en a toujours : des personnes sur notre chemin, des événements inattendus, des paysages contemplés…
A nous de les voir, de les découvrir, de les aimer...

A côté de mon travail pour le site internet international de la congrégation, j’ai commencé à m’insérer dans la pastorale des jeunes, spécialement auprès des étudiants subsahariens. Nous avons commencé des « Rencontres ignatiennes » une fois toutes les 3 semaines avec une initiation à la relecture de journée, une petite session biblique en fin d’année. Des petits pas…, beaucoup, beaucoup d’écoute afin de découvrir, de comprendre ce qui convient le mieux pour que ces jeunes puissent poser des décisions et des actes librement. Pas facile car ils rêvent presque tous de passer de l’autre côté de la Médi-terranée ou de l’Atlantique, même sur un bateau douteux !!! Des situations familiales, sociales compliquées. J’aime aller leur rendre visite là où ils logent. Très instructif sur leurs conditions de vie, de logement...
Et maintenant, me voilà aussi devenue « guide » à la cathédrale de Tunis, un ou deux après-midi par semaine. C’est un apostolat très intéressant car j’y rencontre de nombreux Tunisiens et Tunisiennes qui viennent par curiosité, pour découvrir le bâtiment, pour poser des questions sur la foi chrétienne, pour partager leurs émotions par rapport aux événements mondiaux qui touchent l’islam…
J’avance, avec mes consoeurs, d’étoile en étoile sur cette terre maghrébine et africaine.

Juillet 2015

Fin Juillet Sœur Cécile Dilé qui est à Tunis nous fait par de ses nouvelles expériences.

Le Ramadan a été une période particulièrement riche : le soir, nous étions invitées, à deux ou trois, dans des familles amies pour la rupture du jeûne. C’est un vrai rituel : soit devant la télévision, soit dehors dans la cour, nous attendons que le muezzine annonce la fin du jeûne, au coucher du soleil. Alors nous commençons par manger des dattes fourrées puis c’est une soupe pimentée suivie d’un plat de crudités avec les briks. Vient ensuite le couscous avec la pastèque puis les petits gâteaux avec un fruit. Tous les plats sont mis sur la table.
Les 15 premiers jours du Ramadan, les soirées sont encore à peu près calmes Les deux dernières semaines, c’est différent. Il y a beaucoup d’animations dans la médina. Les cafés sont ouverts où on voit les hommes fumés la chicha et les femmes se promener dans les rues. Il y a vraiment une ambiance de fête. Quand le jour se lève, c’est une autre histoire. Dur dur d’aller au travail quand on a jeûné toute la journée et veillé jusqu’à 3h.
Cette année, le Ramadan fut difficile car il a fait plus chaud que d’ordinaire.
Le dernier jour, c’est « l’aïd , là encore, beaucoup de coutumes à découvrir. Nous avons passé toute la journée dans les familles. J’ai beaucoup aimé car j’ai découvert, autour de chez nous, des milieux très différents. En quelques minutes, nous passions d’une belle maison climatisé à une demeure modeste, avec deux pièces, dans un quartier populaire.

Deux coups de fils pour deux voyages inattendus :
Une consœur Josette a besoin d’un chauffeur pour faire un aller/retour Tunis-le Kef sur deux jours. Les élèves de l’Ecole Française avaient laissé derrière eux des tonnes de bons vêtements avant de partir en vacances. Aucune réclamation faite pendant l’année de la part de leurs parents ! Josette, connaissant des familles pauvres au Kef, a eu l’idée d’aller leur porter ces vêtements et par cette occasion de prendre de leurs nouvelles. A Kef, je fais la même observation qu’à Tunis : le réseau de relations de mes consœurs est large, cela me réjouit car nous sommes proches de tous. Nous prenons le temps de passer dans des familles où les situations sociales sont difficiles.
Nous reprenons la route le lendemain matin, en allant saluer une française, veuve d’un tunisien, qui vit dans une « masure », entourée de ses chiens et chats. La pauvreté n’est pas toujours là où on l’imagine…
2e coup de fil :
Cette fois-ci, c’est Jonathan, un Père Blanc nigérian, qui m’appelle :
« Thérèse va bientôt quitter la Tunisie, j’aimerais qu’elle vienne découvrir le sud. Peux-tu l’accompagner ? » Thérèse vient de terminer ses études et elle est maintenant nommée au Ghana. Jonathan est le curé de la paroisse de Sfax qui dessert également la chapelle de Gabès encore plus au sud. Mes consœurs m’avaient dit : Profites des occasions pour découvrir et comprendre ce pays… Nous voilà donc parties à la découverte d’autres réalités.
En arrivant à Sfax, une quinzaine de personnes s’affairaient dans la cuisine des Pères Blancs. Elles se retrouvaient pour la rupture du jeûne. Tous les mardi soir, des amis et les amis des amis (tous musulmans) viennent partager le repas chez les Pères Blancs. C’est un lieu d’expression libre, d’écoute... Nous veillons jusqu’à 1h du matin avec des chants, danses…
Le lendemain, direction Gabes. Des paysages semi désertiques magnifiques, une chaleur de plus en plus accablante mais la joie de découvrir ce beau pays. A Gabes, Nous logeons dans ce qui sert de presbytère, une maison qui aurait besoin de beaucoup de travaux pour rester encore debout ! l’ancienne église a été reconvertie en mosquée puis en bibliothèque qui tombe en ruine.
Je suis devant une des réalités de l’unique diocèse de Tunisie. C’est important de réaliser l’isolement de ces chrétiens et aussi le sens de notre engagement au dialogue islamo-chrétien dans ces conditions-là.
Le lendemain, direction Douz où nous attendent des dromadaires !!! deux heures passées sur leur dos : un rythme lent, le silence du désert et la possibilité de réfléchir, de laisser venir ce qui est là, en nous. Avec Thérèse,nous avons partagé nos pensées, notre prière car on ne peut pas être au désert sans prier.
Avant le départ de Thérèse, nous avons invité à la communauté des étudiants africains. C’était aussi l’occasion, pour moi, de les remercier pour l’accueil que j’ai reçu depuis mon arrivée à Tunis.
Des étudiantes nous ont demandé à venir faire de la cuisine de leur pays chez nous. Elles habitent dans un foyer et n’ont pas cette possibilité. Nous sommes attentives à leur offrir des espaces de rencontres, d’échanges, spécialement pendant les mois d’été où certaines vivent dans une grande solitude.

Mai 2015

En Tunisie, le printemps est arrivé, dans le jardin, le mimosa, les arômes, les figues et les citrons s’en donnent à cœur joie. Ces derniers temps, la Tunisie a été à la une, non seulement à cause de l’attentat du Bardo, mais aussi grâce au Forum Social Mondial qui s’est tenu à Tunis du 24 au 28 mars. Nous l’avons suivi de près car plusieurs de mes sœurs y ont participé : Chantal avec une intervention sur le dialogue interreligieux ; Vicky et Begona en lien avec leur travail pour JPIC (Justice, Paix et Intégrité de la Création) et des réseaux qui luttent contre les différentes formes d’esclavages contemporains. Personnellement, j’ai participé à la marche d’ouverture Il y avait de nombreuses associations tunisiennes, palestiniennes, marocaines et aussi françaises. C’est émouvant de voir tant de personnes mobilisées parce qu’elles croient qu’« un autre monde est possible » avec plus de justice, de respect des minorités, de respect de l’environnement…Le stand de « la caravane des sans papiers » a particulièrement retenu mon attention parce que ces migrants, si souvent mis de côté, avaient droit à la parole .Ce 12e Forum Social Mondial s’est tenu sur fond de soutien des Tunisiens dans leur cheminement vers la démocratie.
Dans ce contexte,les évêques du Maghreb ont écrit un document
« Serviteurs de l’Espérance » sur « l’actualité, les joies et les défis de notre présence et de notre mission au Maghreb. »
Je vous en partage un extrait afin que vous puissiez percevoir les
« sauts » que la population est en train de vivre. Trois « passages » engendrés par les trois principaux défis religieux, politique et socio-économique :
- Passage de la crainte d’une récupération religieuse à l’affirmation tranquille de ses convictions croyantes dans le respect des autres valeurs.
- Passage du mutisme au débat sans tabou sur l’importance de la promotion de toutes les libertés.
- Passage d’une vie sociale habitée par la peur, au risque de la liberté, quitte à se sacrifier pour que toute la nation puisse vivre avec plus de démocratie et de dignité. Prise de parole de beaucoup de femmes qui proclament leur volonté d’être mieux respectées. Cri des jeunes qui exigent des formations de bon niveau et débouchent sur un véritable avenir professionnel.
Notre rôle au cœur de ces passages : l’écoute, l’aide au discernement, le soutien dans la recherche de la justice, de la dignité et de la liberté, mais aussi de la solidarité, à travers un cheminement patient, dans la confiance et dans la prière, sont notre pain et notre engagement quotidiens.
Je suis allée passer une matinée dans un centre d’accueil pour enfants abandonnés.
Je reviens d’une visite à l’ATCC (Association Tunisienne de lutte Contre le Cancer). Un très beau lieu qui accueille gratuitement 25 malades pauvres venant de toute la Tunisie durant la durée de leur traitement.

Avril 2015

Sœur Cécile nous donne quelques nouvelles. Début mars une petite nièce est née, Louise commence une nouvelle génération.
A l’invitation du centre d’Etudes de Carthage elle a pu visiter le site archéologique d’Oudhna, une merveille fouillée à seulement 10%. Elle a pu faire connaissance avec d’autres personnes.
Début mars, les sœurs ont reçu un message du Pape adressé aux évêques d’Afrique du Nord, en voici quelques extraits :

« En accueillant chacun, (...)

- « En accueillant chacun, tel qu’il est, avec bienveillance et sans prosélytisme, vos communautés manifestent qu’elles veulent être une Eglise aux portes ouvertes, toujours »en sortie".
- Le dialogue interreligieux est une part importante de la vie de vos Eglises.
Dans ce domaine aussi, l’imagination de la charité sait ouvrir d’innombrables chemins pour porter le souffle évangélique.
- Eglise de la rencontre et du dialogue, vous voulez aussi être au service de tous sans distinction. Avec des moyens souvent humbles, vous manifestez la charité du Christ et de l’Église auprès des plus pauvres, des malades, des personnes âgées, des femmes dans le besoin ou des prisonniers.
- Si nous tous, croyants en Dieu, désirons servir la réconciliation, la justice et la paix, nous devons œuvrer ensemble pour bannir toutes les formes de discrimination, d’intolérance et de fondamentalisme confessionnel.
-Vous êtes « aux périphéries », votre témoignage de vie dans la simplicité et la pauvreté est un signe éminent pour toute l’Église.
- Relire ce texte après l’attentat qui a eu lieu mercredi dernier au musée du Bardo souligne encore davantage notre vocation à être pont entre les cultures, les religions. C’est une des spécificités des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique.
Elle nous relate sa 16e leçon d’arabe :
Un jour, deux hommes allèrent au restaurent. Après le repas, l’un d’eux prit trois cuillères sur la table. Il prit une cuillère à café, deux cuillères à soupe et les mit dans sa poche.
Son camarade lui dit : Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi as-tu pris ces cuillères ? L’homme lui dit : Parce que le docteur m’a dit : Il faut que tu prennes trois cuillères après le petit déjeuner, après le repas de midi et après le repas du soir.
Elle nous dit ce qu’elle fait en Tunisie ; pour l’instant, je me prépare à mon nouvel engagement dans ce nouveau pays, dans ce nouveau milieu, avec une nouvelle langue ! Que du neuf à découvrir, à apprivoiser, à aimer !J’avance donc à petits pas dans la connaissance du milieu, l’étude de la langue. Je suis aussi des cours en théologie des religions afin de mieux comprendre la foi musulmane, et ainsi pouvoir mieux écouter, comprendre et dialoguer avec les Tunisiens que je rencontre.
Mes premières gaffes interculturelles sont arrivées ! Je rends visite à une famille et je félicite la maman pour sa belle petite fille. Monique ajoute quelques mots en arabe et change aussitôt de conversation ! Décryptage : on ne dit pas à une mère que son enfant est joli car cela pourrait lui apporter le mauvais oeil !
J’avais bien vu qu’il n’y a, principalement, que des hommes qui se baladent dans les rues de Tunis ou alors des femmes avec leurs enfants ou avec d’autres femmes. Je n’avais pas encore saisi qu’une femme seule, ce n’est pas très bien vu sinon pas très prudent !! Ma virée dans la médina, avec quelques rencontres… m’a refroidie et les commentaires de mes consœurs encore plus ! Morale de l’histoire, me voilà donc contrainte à sortir accompagnée comme de nombreuses Tunisiennes ! Règle que je transgresse dès que possible !
Du 11 au 18 mars, nous avons accueilli Mia, Finita et Prospérine, en charge de toutes les communautés présentes en Tunisie, Algérie, Mauritanie, Tchad, Mali, Burkina Faso et Ghana. De bonnes discussions avec elles sur notre communauté et nos priorités apostoliques.
Avec Prospérine, qui foulait le sol tunisien pour le 1re fois, je suis allée en pèlerinage à Carthage sur les pas du Cardinal Lavigerie, puis dans l’ancien lycée des Sœurs Blanches et sur le lieu du martyre de Stes Félicité et Perpétue, avec Josette comme guide, une Sœur Blanche présente en Tunisie depuis 40 ans.

Février 2015

Voilà quelques nouvelles de Soeur Cécile Dilé.
Ça y est, je suis enfin arrivée en… Tunisie, le 24 janvier, dans un pays froid au soleil chaud ! C’est bien ma plus grande surprise et ma plus grosse adaptation à vivre : mettre des pulls, écharpe, bonnet… pour ne pas attraper laryngite ou pneumonie, qui sont monnaie courante ici !

A la découverte du pays

J’arrive dans un pays inconnu mais pas « en terrain inconnu » puisque j’y re-trouve une communauté de Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Nous sommes sept à vivre ensemble à Tunis dans le quartier de Montfleury. Débarquée dans une nouvelle communauté, c’est comme entrer dans une histoire qui a déjà commencé. Mon adaptation est grandement facilitée par mes consoeurs.
Avec les nombreuses visites je découvre ainsi l’intérieur des maisons, j’entends parler arabe et je commence à balbutier mes premiers mots.
Je profite des occasions qui se présentent pour faire connaissance avec le mi-lieu et les personnes. Le 1er février, nous étions une soixantaine de religieuses et religieux réunis pour célébrer la fête de la vie consacrée. Nous sommes à l’image de l’Eglise de Tunisie, très interculturelle.

Le 7 février, une quarantaine de femmes, de mariage mixte, se sont retrouvées chez nous autour des crêpes de la Chandeleur ! Ce fut pour moi l’occasion d’écouter leur histoire, de peser le poids de leur quotidien, pas si facile que cela…

Du 8 au 13 février, notre paroisse -la cathédrale- organisait une « Mission populaire ». Il s’agissait de partir rencontrer, chez eux, les étudiants africains chrétiens qui en faisaient la demande. Ils représentent au moins 80% des chrétiens en Tunisie. J’ai découvert que pour bon nombre d’entre eux, l’Eglise EST leur famille, le lieu où ils trouvent un soutien. A Tunis, ils vivent une réelle solitude et sont confrontés à des gestes et paroles racistes. C’est dur à vivre.
Rassurez-vous, je ne fais pas que me balader ! La grande partie de mon temps est consacrée à l’étude de l’arabe dialectal tunisien.
Et c’est toujours aussi sympa d’apprendre une nouvelle langue car elle nous fait découvrir l’âme d’un peuple.

Octobre 2014

« La patience obtient tout, Dieu seul suffit… ! » disait Ste Thérèse d’Avila. C’est bien l’adage que j’essaie de vivre en ce moment car le visa pour l’Algérie ne m’a pas été délivré à la date demandée. J’attends donc un appel du consulat pour venir chercher le précieux sésame. Entre temps, je m’initie à l’arabe dialectal grâce aux compétences et à la patience de ma prof,
Lucienne Brousse. C’est une vieille dame de 84 ans, sœur de Notre Dame d’Afrique, qui a enseigné l’arabe et le kabyle une grande partie de sa vie, en Algérie. Je suis consciente de la chance que j’ai : une prof pour moi toute seule d’une patience à toute épreuve et une amoureuse des cultures arabe et kabyle. « Apprendre la langue d’un peuple, c’est se préparer à lui appartenir. La langue est le plus puissant véhicule des pensées et des sentiments » Cardinal Charles Lavigerie.

Retrouvez le portrait de Cécile réalisé par KTOTV :

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