foiLe service Foi

Newsletter

Entrez votre adresse email dans le champ ci-dessous et sélectionnez la ou les listes auxquelles vous souhaitez vous abonner.!!

  • Listes de diffusion

Migrants : « L’hospitalité au service de la dignité »

Père Maurice Joyeux, sj Lundi 4 décembre 2017, au Centre Saint-Jean à Angers,le père Maurice Joyeux a témoigné au cours d’une soirée-conférence, « L’hospitalité au service de la dignité ». A la tête du service jésuite pour les réfugiés (JRS), il intervient depuis plusieurs années auprès des populations déplacées à Athènes. Retour sur les grandes lignes de son intervention.


Interview du P. Maurice Joyeux sur RCF Anjou (décembre 2017)

P. Maurice Joyeux - Directeur du service jésuite pour les réfugiés en Grèce - WAV - 16.8 Mo
P. Maurice Joyeux - Directeur du service jésuite pour les réfugiés en Grèce

Un message d’espoir

Devant ce qui se passe en Méditerranée, devant l’impuissance de l’Europe, il y a de quoi faire silence. Pourtant, le mal ne doit pas nous laisser mutiques. Il fait essayer d’articuler des mots pour ne pas subir la fascination du mal. Si l’on regarde le mal sans arrêt, nous finirons par être paralysés, et les forces de vie, d’espérance, d’amour et de liberté seront vaincues. Parler au sujet de ce contexte, c’est oser des mots de liberté et d’espérance.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’être naïf et se masquer la gravité de la situation. Mais il ne faut passer tout son temps derrière les écrans pour lire les statistiques et se laisser fasciner par le mal. Il est bon de se déplacer aux frontières, vers ces lieux d’appel, car une vie intense s’y développe.

Et plus on est dans des frontières de vie intense, avec des grands enjeux de déshumanisation, plus il est bon d’aller vers le bon et le beau, et de nous ressourcer culturellement. Il nous faut pouvoir rejoindre les cultures qui arrivent sur nos rives, non en conquérantes, mais elles-mêmes éprouvées.

Ce qui signifie trouver des ponts de dialogue et ainsi désamorcer la violence. L’hospitalité n’est pas un risque mais une opportunité, une chance de redécouvrir un amour de soi qui n’exclut pas l’amour de l’autre, qui ne soit pas identitaire, mais qui permet de choisir l’autre.

La ressource intérieure personnelle est importante pour vivre une hospitalité non pas seulement gentille ou généreuse, mais selon l’art de transformer l’ennemi, réel ou imaginaire, en un ami. C’est l’ambition de Dieu et de tous les hommes de bonne volonté.

N’ayons pas peur de l’impossible, soyons ambitieux. Cela nous rend petits et nous demande de chercher avec nos petites ressources, dans tous les talents...

La situation aujourd’hui en Grèce

Dans l’ensemble des camps d’hébergement, on compte aujourd’hui 55 000 migrants, avec 30% d’enfants. Deux mille réfugiés continuent d’arriver toutes les semaines en Grèce. Certes, ces chiffres sont bien plus faibles que ceux de l’an dernier. Mais ce qui est très inquiétant, c’est qu’ils s’entassent sur les îles, notamment celle de Lesbos, qui accueillent aujourd’hui 7 300 personnes au lieu des 1 500 prévues.

L’objectif est de les amener sur le continent grec. Mais la Grèce connaît elle-même un contexte de crise économique qui rend difficile l’accueil des réfugiés, même si le peuple grec fait preuve d’une grande générosité.

En outre, le pays souffre du traité conclu entre l’Europe et la Turquie en mars 2016, et qui implique pour la plupart des réfugiés un retour vers la Turquie. Or, beaucoup d’entre eux s’y opposent, refusant de partir vers la Turquie ou de retourner dans leur pays d’origine. Ils restent donc en Grèce, qui ne parvient pas à maîtriser leur intégration.

La mission

En Grèce, le JRS dispose d’un centre d’accueil au cœur d’Athènes qui a déjà accueilli plusieurs milliers de réfugiés. Les appartements dont il s’occupe peuvent accueillir une soixantaine de résidents permanents. L’organisation gère également un centre d’intégration pour soutenir l’éducation de 170 enfants de nationalités différentes. Enfin, elle intervient aussi directement dans les camps avec le soutien du Haut commissariat aux réfugiés.

L’organisation accompagne les migrants, son objectif étant « d’être avec » et non pas de « faire pour ». L’hospitalité dans la dignité, c’est partager aussi bien les joies que les difficultés liées aux démarches, à des problèmes de santé, de logement… La dignité passe aussi par la fierté d’exister, d’avoir un nom, de sortir de l’anonymat.

A Athènes, JRS a grandit très vite pour faire face aux immenses défis. Pour tous les intervenants, le risque aujourd’hui est le burn-out. Pas seulement en raison de la fatigue, mais à cause de la marque partagée des blessures des personnes que l’on veut rejoindre, et par lesquelles on se laisse toucher.

Faites un don au diocèse d'Angers