La Souffrance sur le site de l’Eglise de France
Accompagner ceux qui souffrent
Entretien avec une infirmière en gérontologie, Madame Pascale Ménard
Madame Pascale Ménard est infirmière. Elle a accepté, dans le cadre de notre enquête sur le monde de la santé, d’échanger avec nous sur ce sujet qui ne laisse pas indifférent, tant pour chacun l’expérience de la maladie est une épreuve troublante.
Voudriez-vous vous présenter aux lecteurs de La Semaine Religieuse ?
Je suis originaire des Mauges et infirmière depuis treize ans. J’attends pour avril notre second enfant. Notre fils aîné a deux ans et demi. Notre couple est engagé au service des jeunes des paroisses d’Angers centre.
Avez-vous toujours songé à devenir infirmière et dans quel service êtes-vous ?
J’aurais pu tout aussi bien devenir institutrice, car j’étais surtout intéressée par ces professions qui permettent de travailler au service des personnes. C’est ainsi que j’avais envisagé un temps la possibilité de partir en mission humanitaire…
Après avoir travaillé à Paris et en Suisse, je suis maintenant au C.H.U. d’Angers, en gérontologie clinique. C’est un service médical et social de dix-huit lits qui accueille depuis quatre ans les malades pour de courts séjours d’en moyenne une dizaine de jours.
Comment votre service a-t-il vécu l’été dernier ?
Même si nos malades en ont souffert, nous n’avons pas eu de mortalité due à la canicule. C’est que chacun des soignants, en fonction de sa formation est vigilant et attentif en particulier aux symptômes annonciateurs de déshydratation. En revanche, nous avons reçu un certain nombre de personnes déshydratées.
Vous avez dit de votre service qu’il était médical et social. Pourriez-vous expliquer ?
Eh bien ! supposons qu’une personne âgée ait fait une chute. Il s’agit pour nous de la soigner mais aussi de diagnostiquer si cette chute, qui a pu être causée par un problème d’ordre médical, n’est pas également liée à son environnement social. Nous faisons donc en équipe le bilan de « ses aidants », en fonction de sa dépendance. Nous nous posons la question de savoir si elle n’est pas trop seule, si elle est socialement bien entourée.
Ce service est-il difficile ?
Disons d’abord que, même s’il nous arrive, comme dans tout service, d’accompagner les derniers instants de quelqu’un, nous ne sommes pas une unité de soins palliatifs. Il est cependant nécessaire d’être motivé et très patient dans la prise en charge de certaines pathologies, comme par exemple la maladie d’Alzheimer… Mais nous sommes là par choix et avec de précédentes expériences très iverses qui font la richesse d’une équipe pluridisciplinaire.
Cette équipe, dont chacun se sent partie, se compose des médecins, de la surveillante, des infirmières, des aides-soignantes, du kiné, de l’ergothérapeute, du psychologue, de l’assistante sociale, de la diététicienne, de l’officière. Chaque matin, nous avons une réunion médico-sociale de vingt minutes. L’infirmière qui a la responsabilité d’un malade expose les objectifs de soins à atteindre pour lui. Nous avons ainsi la même information au même moment. Chacun peut alors proposer une action pour que la prise en charge de la personne soit la meilleure possible, que ce soit chez elle ou dans une structure adaptée.
Cette équipe voit-elle ses efforts récompensés ?
Bien sûr, et même s’il s’agit parfois de tout petits progrès ! En fait, nous sommes satisfaits d’avoir réussi tout au moins à maintenir les capacités d’une personne dans la vie quotidienne, ou mieux, à améliorer son autonomie et, surtout, lorsque nous avons pu l’accompagner dans son projet à elle, en la prenant en charge globalement. Cette volonté de notre équipe fait toute sa force. Il faut aussi remarquer que nous travaillons en lien avec les familles avec lesquelles s’établissent la plupart du temps des échanges riches et intéressants.
Je remarque que vous employez beaucoup le mot de « personne ». Est-il toujours facile de considérer un malade grabataire comme une « personne » dans une société où on est considéré surtout en fonction de ses activités. Y êtes-vous aidée par le fait que vous soyez chrétienne ?
Toute notre formation nous prépare à avoir ce regard sur les malades, même frappés de démence. Nous sommes encouragés dans ce sens par une équipe animée de solides valeurs humanistes. Nous respectons le rythme des malades. Nous aimerions par exemple pouvoir consacrer davantage de temps à chaque malade, en particulier à ceux qui sont atteints de la maladie d’Alzheimer. Le fait que je sois chrétienne ne me donne pas de compétences supplémentaires. Un regard différent sans doute. Mais, dans ma vie spirituelle, cela me parle de la patience de Dieu envers nous, Lui qui nous aime non pour ce que nous faisons mais pour ce que nous sommes.
Quelles sont vos convictions de croyante face à la souffrance physique, et sur le rôle de la prière dans cette souffrance ?
La souffrance révolte, même si nous avons aujourd’hui les moyens de soulager la douleur de façon efficace, sans diminuer l’état de conscience. Mais je crois que la souffrance ne vient pas de Dieu car cela voudrait dire qu’il est tout-puissant face à elle. La souffrance fait mystérieusement partie de notre condition humaine. La puissance d’amour de Dieu peut m’aider à vivre cette souffrance autrement.
Quant à la prière, elle est un dialogue où Dieu invite à une rencontre. Il attend notre réponse en respectant notre liberté et il nous donne les fruits de cet échange. En ce qui me concerne, j’aimerais bien être plus proche de Dieu pour pouvoir être encore plus proche des malades.
Tout un chemin de Vie !…
Propos recueillis par Jean-Pierre DEFOIS pour la Semaine Religieuse N°
COMBAT
- Des larmes coulent sur son visage
- Quand elle reçoit la communion
- Des larmes contenues
- Des larmes libératrices après le sacrement des malades
- Des larmes d’angoisse et d’espérance
- Elle ferme les yeux
- Le temps est arrêté.
- Elle dit : ’’ Il m’a abandonnée ’’
- Suivi d’un long silence…
- Soudain elle nous regarde
- Elle ajoute : ’’ Non, il ne m’a pas abandonné
- Puisque vous êtes là ! ’’
- Tout le combat qu’elle mène est dans ces deux phrases
- Le combat de sa foi se joue
- Nous en sommes simplement les témoins
- Elle a besoin de nous pour se le dire
- Elle a besoin de nous pour l’encourager
- Elle a besoin de notre foi pour soutenir la sienne
- Elle sait qu’elle sera seule à le mener
- Elle a reçu l’onction des malades pour cela
- Elle est au jardin des Oliviers
- Là où Jésus a prié que s’éloigne la coupe
- Là où sa sueur est devenue comme des gouttes de sang
- Là où il a dit au bout de son combat : ’’ Père, que ta volonté soit faite. ’’
- Là où il s’est abandonné au Père
- Sûr de sa parole
- Sûr de sa victoire sur la mort
- Elle est entrée dans le combat de Jésus
- Elle est entrée dans la nuit de la foi
- Elle est entrée dans la passion
- Elle vit son chemin d’abandon
- ’’ Il m’a abandonnée ’’
- Et c’est la nuit de la foi
- ’’ Non, il ne m’a pas abandonné, puisque vous êtes là ’’
- Et c’est la lumière dans la nuit
- Elle n’est plus abandonnée
- Elle commence son chemin d’abandon au Père
- Qui la conduit à la Vie.
Jean-Marie BOSSARD - Aumônier de l’hopital d’Angers
17/10/01








